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Les risques naturels et technologiques

 

Associer risques natures et risques technologiques, rapprochement des contraires, peut surprendre. Mais cela se justifie dans la construction d’une stratégie à long terme (2050) : l’éco-région, tant les analyses et les moyens de prévention des accidents majeurs se ressemblent et souvent se recoupent : par exemple, une inondation, analogue à celle de 1910, dite centennale entraînerait de graves perturbations dans des domaines hautement technologiques, tels que les réseaux d transport, d’énergie, de télécommunications.

I – LES RISQUES NATURELS

En Ile-de-France, les risques naturels les plus graves sont liés à l’eau. Ils peuvent avoir de nombreuses conséquences dans d’autres domaines. Il existe cependant d’autres risques naturels liés aux sols, au climat, aux forêts. Ces différents risques sont d’ailleurs largement interdépendants.

1 - Les risques liés à l’eau[1]

Le risque « eau » le plus connu est celui des inondations. Chacun a, sinon en mémoire, du moins l’écho de la grande inondation de 1910. On estime qu’une telle inondation peut survenir en moyenne une fois par siècle. La question n’est donc pas de savoir si elle surviendra à nouveau, mais quand elle surviendra et comment y faire face[2]. Le risque d’inondation, contrairement à beaucoup de risques technologiques, est en effet prévisible. Il convient donc de s’y préparer.

En fait, l’Ile-de-France est menacée par des inondations de plusieurs types : débordement de rivière, ruissellement excessif, remontées de la nappe phréatique. Outre la crue centennale, des crues importantes se sont produites, en 1876, 1924, en 1955 et en 1982 (crues trentennales) notamment. La crue centennale de la Seine est une crue de débordement qui résulte de pluies exceptionnelles sur l’ensemble de son bassin. Elle résulte à Paris de la conjonction d’une crue de la Marne et d’une seconde crue de l’Yonne et du Loing (dont les eaux s’écoulent plus vite que celles de la Marne). Ces crues ont lieu en hiver (janvier le plus souvent). Une nouvelle crue centennale durerait environ trois semaines (avec un pic d’une semaine) et concernerait l’ensemble de la région. Elle entraînerait la remontée de nappes phréatiques et des remontées dans les ouvrages d’assainissement, ainsi que des ruptures d’ouvrages (y compris ouvrages de défense contre les crues). Elle est prévisible sous un délai de trois jours. Les dommages seraient considérables : deux cinquièmes des communes seraient concernées. 600.000 personnes habitent en zone inondable, ainsi que de nombreux bâtiments publics. Si une crue lente ne fait guère courir de risques envies humaines, les dégâts matériels prévisibles sont évalués à 12 milliards d’€ (hors effets induits sur l’économie) et les conséquences en termes de destructions patrimoniales sont incalculables.  Selon la Préfecture de police, tout le fonctionnement de l’agglomération serait bouleversé : coupures d’électricité, de gaz, de téléphone, interruption des réseaux de télécommunications et donc de nombreuses activités, contamination de l’eau au robinet, inondation d’un tiers du réseau de métro et de la ligne C du RER, perturbations du trafic SNCF et de la circulation automobile (fermeture de tunnels et de la moitié des ponts de Paris), pénurie de produits pétroliers, les terminaux de livraison étant inutilisables.

Cette hypothèse –cette probabilité, devrait-on dire sans catastrophisme aucun– d’une crue centennale de la Seine met en évidence la vulnérabilité de l’Ile-de-France. La situation a profondément changé depuis 1910 et accru la vulnérabilité de la région du fait de sa dépendance des sources d’énergie et des réseaux de transport (il n’y aurait plus de transport hippomobile , comme en 1910, possible) et de télécommunications et de l’accroissement des biens et des richesses. En outre, l’extension urbaine, depuis un siècle, s’est souvent produite dans des zones inondables (vallées) et dans les champs d’épandage des crues. La désorganisation des réseaux de transport, d’énergie et de télécommunications se répercuterait bine au-delà de la région.

Face à ce risque, et dans ce contexte de vulnérabilité, il existe trois voies de solution à explorer de façon alternative ou conjointe : la protection, la prévention et la "gestion de l’inéluctable" selon l’expression de M. REGHEZZA :

  • mesures de protection : les digues ont l’inconvénient de rétrécir le lit de la rivière, de provoquer des déferlantes en cas de rupture locale ; on leur préfère les barrages-réservoirs ;
  • mesures de prévention : information des acteurs et maîtrise de l’exposition grâce au plan de protection des risques d’inondation (PPRI), prévu par la loi de 1995, qui vise à ,contrôler l’urbanisation des zones inondables, mais leur élaboration est soumise aux pressions en vue de développer ces terrains (cas de la ZAC de Bercy, qui a bénéficié d’une dérogation) ;
  • mesures de gestion nécessaires car il n’y a pas de protection absolue possible : un plan de secours spécialisé zonal (PSSIZ) est en cours de lente élaboration depuis 2000 par la Zone de défense d’Ile-de-France, qui cherche à sensibiliser les acteurs (ce qui semble efficace auprès des entreprises, la RATP en particulier, mais beaucoup moins auprès des ménages) ; il s’agit de développer la capacité d’adaptation des divers acteurs et de leur apprendre à faire face à un aléa de façon à en minimiser les conséquences et à revenir le plus vite possible à une situation normale, voire à considérer la crise comme une opportunité (reconstruction évitant de reproduire le risque).

Au-delà d’une grave crue, trentennale ou centenalle, il convient de prévoir un aménagement qui retarde l’arrivée des eaux de pluie dans les rivières :

  • en freinant en amont les aménagements qui influent sur le niveau et la soudaineté des crues : déboisements, arasements de haies, drainages excessifs des terres cultivées, canalisation des cours d’eau qui en accélère le débit ;
  • en encourageant la rétention des eaux de pluie à la parcelle en limitant l’imperméabilisation des sols et en stockant ces eaux de pluie, utilisables pour de nombreux usages ;
  • en aménageant le lit majeur des rivières de façon à réserver des espaces naturels (non habités) d’expansion des crues ;
  • en imposant une étude hydraulique préalable à tout aménagement en bord de cours d’eau et en terrain inondable, qui devra déterminer leur opportunité et définir les mesures nécessaires.

Et, bien entendu, il faut éviter d’urbaniser les zones inondables, quelle que soit leur valeur foncière (cas de Bercy) ou leur localisation stratégique (cas de Seine-amont).

En matière de protection de la ressource en eau, il est urgent, comme il a déjà été dit[3], de prévoir la protection de tous les captages, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

Les pollutions des rivières proviennent des produits et des eaux usées qui y sont déversées, mais aussi des pollutions des nappes phréatiques qui ne sont plus étanches car perforées par des puits artésiens et des puits d’enfouissement.

Les problèmes des risques concernant l’eau sont à resituer dans la longue durée. Les pollutions des eaux souterraines et des sols peuvent durer des générations, voire des siècles.

Un risque opposé aux crues pour la vie dans les cours d’eau est la situation d’étiage. Bien que les rivières d’Ile-de-France aient un régime pondéré, celles-ci peuvent résulter de sécheresses marquées et de prélèvements excessifs, notamment pour l’agriculture.

Enfin le réchauffement des eaux prélevées par les centrales thermiques pour le refroidissement de leurs circuits et rejetées avec quelques degrés supplémentaires représente un inconvénient grave pour la faune et la flore aquatiques.

2 – Les risques liés aux sols et aux mouvements de terrain

Les pollutions de longue durée concernent particulièrement les sols, résultant de pertes de produits (dans des usines souvent abandonnées depuis) ou d’enfouissements volontaires. On citera à titre d’exemple la « voirie » de Bondy, forage où étaient injectés les excréments de Paris au XIXe siècle : les eaux polluées n’ont pas disparu du sous-sol, mais se sont déplacées en différents sites, mal connus de la Seine-Saint-Denis.

Des métaux lourds (les plus dangereux pour la santé étant le plomb et le mercure) ont également été enfouis dans le sous-sol pendant longtemps, notamment dans les quartiers d’artisanat. On peut citer :

  • le plomb qui provient d’anciennes fabrications et de l’essence au plomb infiltrée dans les sols : la nappe située sous Paris contiendrait dix fois la dose prescrite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ;
  • le mercure, provenant d’activités artisanales et industrielles ;
  • le cadmium et le nickel, issu des piles abandonnées après usage ;
  • le chrome, issu notamment de l’industrie automobile  et du travail des cuirs (dans le Marais en particulier).

Les friches industrielles sont souvent polluées, ce qui ne manquera pas de poser des problèmes si, dans le cadre de la politique de la ville compacte, on veut les réutiliser. Un rapport de 1985 estimait celles-ci à 1.000 ha en 1985[4], un autre en 1991 confirmait cette évaluation. Depuis cette date, certaines ont été réhabilitées, mais d’autres, sans doute plus nombreuses, sont apparues. Le coût de dépollution, très variable, est en moyenne de 100.000 € par ha. Ce coût est supportable en zone urbaine. Mais il bne faut pas se bercer d’illusions : certaines friches industrielles, mal située, ne pourront subir qu’une requalification paysagère (reverdissement). Il existe cependant des plantes qui « pompent » les métaux, mais il faut les traiter elles-mêmes ensuite).

Les jardins ouvriers sont également souvent remplis de produits toxiques, notamment par excès d’engrais : la « bouillie bordelaise » apporte du cuivre, les tôles ondulées en mauvais état dégagent du zinc et du plomb. En outre, ils sont souvent situés prés de zones industrielles.

L’Ile-de-France ne se situe pas dans une zone où le risque de tremblement de terre soit important. Elle est également, du fait de son relief modéré, peu soumise au risque de mouvements de terrain. Encore celui-ci peut-il exister, notamment en cas d’inondation. En particulier, l’argile gonfle en présence d’eau et de rétracte en cas de sécheresse, ce qui provoque des mouvements de terrain (dans le Val d’Yerres par exemple) qui peuvent entraîner des dommages aux biens immobiliers (fissures). Des plans de prévention des risques naturels (PPRN) «retrait-gonflement» peuvent être établis. Mais les prescriptions sont parfois opposées par rapport au risque d’inondation et au risque « argile » : dans ce dernier cas, il faut éviter les infiltrations d’eau dans les sols, arracher les arbres avides d’eau et imperméabiliser les sols autour des bâtiments.

3 – Les risques liés aux forêts[5]

Les principaux risques liés aux forêts sont la tempête et l’incendie.

Les tempêtes

La tempête est imprévisible dans son moment, son lieu et son importance.  Au-delà d’une certaine violence, il n’est pas de forêt qui puisse y résister. Analogues, bien que moins spectaculaires, sont les risques de fort verglas ou de neige lourde.

La seule précaution qui puisse en limiter les effets consiste à éviter autant que faire se peut les peuplements d’espèces forestières à enracinement superficiel plus facilement renversés par le vent. Les peuplements de résineux, les hêtraies et les peupleraies sont donc à éviter et à remplacer lors de leur renouvellement par des chênaies (mélangées), mais cette transformation est coûteuse à la plantation et de rapport beaucoup plus lointain dans le meilleur des cas, voire inexistant si le sol est médiocre. En pratique, les propriétaires forestiers privés préfèrent la plupart du temps affronter le risque tempête plutôt que la certitude d’un faible revenu.

Pour l’avenir, on peut suggérer que soit encouragé le mélange d’essences, bien  qu’il soit plus difficile à gérer. Cela se rattache au problème plus vaste d’une sylviculture plus fine, donc plus exigeante en moyens humains, dans les forêts publiques. La Région peut le financer, mais encore faut-il que ce soit à long car le peuplement mélangé exigera attention pendant les cent cinquante ans qu’il durera. Mais n’est-ce pas làune action significative d’une éco-région ?

Les incendies

Le risque de feux de forêt n’existe un peu sérieusement que dans les peuplements résineux (qui sont peu nombreux en Ile-de-France), ce qui renvoie à la question de leur transformation en peuplements feuillus.

Pour limiter ce risque et les conséquences d’un début d’incendies, il faut :

  • prévenir en informant les usagers, les contrôlant, la cas échéant les sanctionnant (ce qui suppose une présence suffisante d’agents forestiers en forêt) ;
  • détecter les incendies dès leur début (pylônes et personnel de surveillance) et organiser les services de pompiers en sorte qu’il puisse intervenir très vite : le système est en place dans les massifs forestiers publics les plus intéressants. Il existe des lacunes dans des massifs mixtes. Les départements (qui supportent la charge de le lutte contre l’incendie) pourraient être incités à combler ces quelques lacunes par une aide régionale.

4 – Le risque climatique

Il pourrait être aggravé par le changement climatique. Il concerne les périodes de canicule, qui sont déjà de plus en plus fréquentes, et inversement les vagues de froid. Au-delà des actions visant à limiter le changement climatique, la solution réside dans la mise en place de mécanismes de veille sanitaire dont les épisodes d août2003 ont révélé les insuffisances notoires. Elle réside aussi dans une réduction des inégalités, évitant les situations d’exclusion (les exclus sont les premières victimes des accidents climatiques, surtout en ville où règnent l’anonymat et souvent l’indifférence) et de l’isolement, notamment des personnes âgées. La lutte contre les inégalités et l’isolement fait partie du projet de développement durable.

Sur le plan technique, il convient de prévenir, autant que faire se peut, les inondations et les étiages. La gestion des barrages-réservoirs doit assurer, en toutes circonstances, des niveaux d’étiage compatibles avec les besoins en eau potable et avec le maintien de la biodiversité.

Les eaux usées envoyées dans les rivières ne sont pas rendues au bassin d’origine, ce qui amplifie les sécheresses. Des prescriptions dans les PLU pourraient fixer des coefficients de pleine terre afin de prévenir les mouvements du sol en cas de sécheresse.

II – LES RISQUES TECHNOLOGIQUES

Les risques technologiques ne sont pas totalement indépendants des risques naturels, comme le montre, au plan local, le cas des pollutions de longue durée et, à l’échelle planétaire, le changement climatique.

1 – Les risques industriels

Outre le problème des friches industrielles et de leur pollution, les risques industriels sont encadrés par des textes nombreux au plan national (installations classées parce que dangereuses, incommodes ou insalubres, réglementées depuis 1810) ou européen (directive dite SEVESO). Ceux-ci prévoient :

  • des études d’impact entreprises avant la réalisation d’un projet, mais celles-ci sont financées par le maître d’ouvrage du projet, ce qui peut influer sur les conclusions des auteurs de l’étude ;
  • des études de danger, tous les cinq ans, pour les établissements à haut risque (soumis à la directive SEVESO), mais ceux-ci n’ont pas empêché la catastrophe d’AZF à Toulouse ;
  • des systèmes de gestion de sécuritéet ds plans d’opération interne, établis par l’exploitant ;
  • des plans particuliers d’intervention ou plans de secours spécialisés, lorsque les conséquences d’un accident débordent du site de l’établissement, et des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) ;
  • des structures de concertation, les Comités locaux d’information et de concertation (CLIC) pour les installations dites SEVESO et des secrétariats permanents pour la prévention des risques industriels, réunissant les services de l’Etat, les industriels d’une zone et les associations.

Malgré l’ampleur et la complexité de ce dispositif, beaucoup reste à faire en matière d’information et de concertation, de prévention et de contrôle des mesures prescrites et de retours d’expériences sur les accidents survenus. On doit attendre au moins deux réformes qui se situent en amont des autorisations d’installations classées :

  • celle des procédures d’enquête publique, notamment quant à la compétence professionnelle des commissaires-enquêteurs ;
  • celle du fonctionnement des conseils départementaux d’hygiène (compétences de ses membres, dossiers trop complexes).

A plus long terme, il faudra créer des instances indépendantes, hors de toute tutelle administrative, de suivi et de surveillance pour des risques qui ne se révèlent que tardivement et qui mettent en cause des décisions prises par d’anciens responsables : pollutions de longue durée des sols et des nappes d’eau, conséquences de l’aggravation des aléas climatiques.

Les objectifs suivants devraient guider l’action des acteurs (administrations, élus, entreprises, associations) :

  • renforcer l’information du public et la concertation ;
  • maîtriser, voire proscrire, l’urbanisation dans les zones à risques ;
  • prévenir les risques à la source ;
  • garantir l’indemnisation des victimes.

2 – Le risque radiologique

La région Ile-de-France ne possède pas de centrales nucléaires. Mais si les centres de Saclay et Fontenay-aux-Roses  (aujourd’hui désactivé) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sont bien connus, il y a, dans la région, 206 utilisateurs de matières radioactives produisant des déchets. Ces utilisateurs sont répartis dans 80 communes (68 à Paris). La grande majorité des utilisateurs sont les hôpitaux et les centres de recherche du CEA ou autres. Mais il y a aussi une demi-douzaine d'industriels.

Pourtant, personne ne semble se soucier de cette dissémination sauf :

  • l'ANDRA qui a en charge le recensement et la collecte des déchets ;
  • l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) qui a en charge le contrôle des installations et du respect de la réglementation concernant les rejets dans l'environnement et la radioprotection des personnes.

Le risque que tout le monde redoute est l'attentat mettant en jeu des produits radioactifs, biologiques ou chimiques. L'impact médiatique recherché serait considérable dans la région capitale.

Le risque radiologique est ancré dans les esprits par deux événements :

  • Hiroshima et Nagasaki (1945) : le risque de guerre nucléaire s’est éloigné malgré la prolifération de l’arme atomique ;
  • Three Miles Island (1979) et Tchernobyl (1986) : un accident est toujours possible dans le domaine industriel à la suite de défaillances humaines : le risque zéro n'existe pas, mais on peut faire beaucoup pour réduire la survenue d'un accident et ses conséquences.

Cependant, l'industrie nucléaire est jeune et très tôt, vu le danger, des dispositions strictes ont encadré cette activité tant pour la protection des utilisateurs que pour les rejets dans l'environnement ou la collecte des déchets et il est indéniable que, comme l'aviation, cette industrie a fait faire des progrès très importants dans l'organisation et la sécurité. De même, la facilité de détection de la moindre trace de radioactivité a rendu possible le contrôle des rejets dans l'environnement et a ainsi servi de précurseur à bien des réglementations concernant les rejets industriels. Enfin, dès l'origine, le risque accident a été pris en compte avec réalisation de plan d'urgence interne pour organiser le traitement à l'intérieur de l'établissement et plan Orsecrad pour l'extérieur. Au cours du temps, ces plans ont fortement évolué et ont également servi de modèles pour les risques industriels classiques.

En ce qui concerne l'Ile-de-France, où il n’y a pas de centrale nucléaire (encore que celle de Nogent-sur-Seine n’en soit pas très éloignée), les risques radiologiques sont extrêmement faibles. Les installations existantes mettent en jeu une radioactivité sans commune mesure avec les centrales nucléaires. De plus, la réglementation impose des dispositions constructives qui garantissent la protection des travailleurs, donc a fortiori celle du grand public. Si des incidents sont toujours possibles, les conséquences en dehors des sites difficilement envisageables, seront de toute façon très limitées.

Les centrales nucléaires, y compris celle de Nogent-sur-Seine, sont trop éloignées pour entraîner une irradiation significative en cas d'accident grave. Contrairement à Tchernobyl, tous les réacteurs français disposent d'une enceinte de confinement qui, en cas d'accident, permet d'éviter les rejets à l'atmosphère et de filtres pour réduire fortement et de contrôler la radioactivité rejetée. C'est pourquoi, dans le pire des cas envisageable, une évacuation préventive des personnes reste limitée à un rayon de 5 km autour des centrales.

Il subsiste deux risques difficilement prévisibles :

  • celui de la pollution par un nuage radioactif à la suite d’un accident dans une centrale en France ou à l’étranger (le nuage de Tchernobyl a survolé tout l’est de la France) ;
  • celui de l'attentat : un attentat à Paris serait le plus médiatique, mais un engin nucléaire est difficilement envisageable et il est beaucoup plus facile et moins dangereux pour les auteurs, d'utiliser de simples explosifs classiques pour semer la terreur.

Les conséquences éventuelles de ces risques, dont la probabilité est très faible mais non nulle, réside dans des mesures de prévention (observation du nuage radioactif et information, contrairement à ce qui a été fait en 1986 après celui de Tchernobyl) en cas d’accident et de prévention (policière) pour éviter les attentats.

3 – Les transports de matières dangereuses

Outre les transport des déchets radioactifs, qui évitent l’Ile-de-France, on doit évoquer le transport de matières dangereuses, y compris les produits pétroliers.

L’Ile-de-France dispose de :

  • une douzaine de dépôts d’essence et de fioul, répartis en majorité à l’est et au nord de Paris (de Grigny à Gennevilliers et Nanterre) le long de l’oléoduc qui contourne par le nord l’Ile-de-France, de 2 dépôts d’avitaillement des avions (à Orly et à Chennevières près de Roissy-CDG) et de 2 dépôts « stratégiques » (à La Ferté Alais et à Herblay), ainsi que d’une seule raffinerie (à Grandpuits en Seine-et-Marne) ;
  • une dizaine de postes de stockage de gaz (dont certains en zone très urbanisée, comme à Alfortville, Gennevilliers et Nanterre) et de 4 centres de stockage souterrain (hors agglomération) ;
  • un important réseau de lignes à haute tension (400 kV) alimentant l’Ile-de-France à partir notamment des centrales nucléaires hors région, qui contournent Paris en grande couronne avec quelques lignes (225 kV)qui pénètrent en proche couronne (à Issy-les-Moulineaux, Vitry, Romainville, etc.) et même une qui atteint les portes de Paris (Ampère dans le 18e arrondissement), de 5 centrales thermiques (Montereau, Vitry, Vaires, Persan-Beaumont et Porcheville), d’une dizaine de postes sur le réseau 400 kV (plus une demi-douzaine en projet) et d’une quinzaine de turbines à combustion.

Cette situation pose divers problèmes :

  • le grand retard pris par EDF, et désormais par Réseau de transport d’électricité (RTE), dans l’enfouissement des lignes à haute tension, très coûteux il est vrai (jusqu’à dix fois le coût d’une ligne aérienne), mis qui devrait être assuré de façon prioritaire dans une région urbaine très peuplée ;
  • la présence de nombreux dépôts de carburant et de centres de stockage de gaz non souterrains en pleine agglomération : leur déplacement supposerait la construction de nouveaux oléoducs et de nouvelles canalisations de grand transport de gaz ;
  • la circulation de camions de livraison des carburants qui encombrent la circulation et peuvent être à l’origine d’accidents : l’éloignement des dépôts augmenterait ce trafic, mais la création de dépôts au sud et à l’ouest de la région le réduirait.

[1] Voir aussi chapitre I.

[2] REGHEZZA (Magali).- Les risques naturels en Ile-de-France : le cas de la crue centennale, Note pour IDFE, février 2006, 7 pages.

[3] Voir chapitre I.

[4] Les friches industrielles (rapport LACAZE), La Documentation  française, 1985, 150 p.

[5] Voir aussi IIe partie, chapitre III.

 
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