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Résumé
Le Président du Conseil régional, dans le cadre de la préparation du nouveau schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF), a évoqué l’objectif de « faire de l’Ile-de-France la première éco-région d’Europe ». Ile-de-France Environnement (IDFE) a décidé de lancer, au sein de ses associations, une réflexion prospective sur ce que devrait être une éco-région. Cette région s'appuierait sur les trois éléments qui définissent le développement durable : une économie viable à long terme, une organisation sociale équitable, un environnement restauré. Ce serait une région qui, à l'horizon du milieu du siècle, pourrait servir de modèle : une éco-région en Ile-de-France est donc tout sauf une utopie. Un exercice de réflexion à long terme est donc nécessaire. Un concept tel que celui de l’éco-région suppose des modifications dans les comportements des Franciliens, dans les pratiques administratives et dans les financements publics, dans les mécanismes régissant l’économie des entreprises, et sans doute dans bien d’autres domaines. Une génération et demie est finalement bien peu. Compte tenu de la baisse de la mortalité, la moitié des Franciliens actuels seront encore vivants au milieu du siècle. Bref, 2050, c’est demain. Il ne s’agit donc en aucun cas de prévoir ce que sera l’Ile-de-France vers 2050, encore moins de prolonger les tendances pour les projeter jusqu’à cette date ? Au contraire, il s’agit d’examiner les évolutions possibles et de souligner, parmi les futurs vraisemblables, non le plus probable, mais le plus souhaitable, qui soit néanmoins plausible. Il s’agira de dégager les voies qui permettent d’envisager d’atteindre ce futur plausible et souhaitable que sera l’éco-région. Trois grandes crises menacent déjà notre société, dont on peut craindre qu’elles ne s’aggravant encore : la crise climatique, la crise énergétique et la crise sociétale. Une stratégie pour y faire face s’impose, faute de quoi il serait vain de parler d’éco-région. Mais d’autres crises peuvent se produire d’ici la fin du siècle, qu’on n’a pas identifiées à ce jour. Il faudra analyser les risques des évolutions ou des ruptures dangereuses et définir les moyens d’y faire face. Il faudra aussi présenter les étapes de l’émergence de l’éco-région, les ruptures vertueuses qui peuvent y conduire et qu’il faudra encourager, les décisions majeures qui permettront de l’atteindre. L’Ile-de-France ne produit que 7 % de ses besoins énergétiques et le potentiel n’est que de l'ordre de 1,7 Mtep. La région Ile-de-France est et restera très majoritairement tributaire des autres régions pour son alimentation. La consommation (de l’ordre de 25 Mtep) fait apparaître la prépondérance des produits pétroliers (52 %). L’analyse des consommations montre que c'est dans les secteurs résidentiel-tertiaire et transports que les économies d'énergies sont à rechercher. Pour réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre,e sont 12 à 15 Mtep d’énergies fossiles qu'il faudra remplacer par une ressource non émettrice de CO2 ou économiser. La place de l’électricité augmentera. Il faudra utiliser de toutes les possibilités d'énergies renouvelables, en particulier le solaire, la biomasse et la géothermie sous toutes leurs formes Mais en tout cas, il y a urgence à la mise en oeuvre des moyens économes en énergie car toute construction réalisée aujourd'hui verra la fin du pétrole et du gaz naturel. Il n’y aura donc pas de solution miraculeuse. La limitation du rôle de l’automobile particulière résultera du renchérissement des carburants, de la structure plus compacte de l’agglomération et de l’amélioration de l’offre des transports en commun. En effet, aucune certitude n’existe à l’heure actuelle de développer des carburants alternatifs au pétrole, susceptibles de répondre aux besoins du parc automobile français (ou du parc mondial). En 2006, 79 % de l’espace francilien est encore rural. Les deux tiers de cet espace rural sont dévolus à l’agriculture (630.000 ha, soit 52 % de la superficie de la région). Le dernier tiers est, pour l’essentiel, boisé. L’éco-région francilienne doit donc proposer une stratégie qui permette à la fois de limiter la consommation d’espace agricole, de réduire les pollutions et d’adapter ces espaces aux attentes des citadins sans nuire au développement d’une agriculture rentable. Il faut parvenir à une agriculture performante et « digne ». Les agriculteurs ne sont pas, en effet, que des producteurs de biens matériels. Ils sont aussi, par leur action et par leurs pratiques, même si certains d’entre eux y voient une perte de leur identité séculaire, les « conservateurs » de l’environnement rural, des paysages, de la flore, de la faune et de la santé humaine. La poursuite de l’étalement urbain a un coût social élevé pour la collectivité régionale et nationale. Une autre stratégie d’urbanisation, économe de l’espace agricole, est possible, mais suppose une autre conception des documents d’urbanisme, une politique foncière active et des engagements des pouvoirs publics, notamment de l’Etat et de la Région, dans des domaines clés, tels le financement du logement et la priorité aux transports en commun. L’application du principe pollueur-payeur devrait s’appliquer dans ce domaine comme dans les autres, mais il faut être conscient qu’il aggravera encore l’équilibre fragile de la filière agricole francilienne. La forêt se pense et vit à long terme (50 à 250 ans, voire davantage). La forêt est fragile, du fait des pratiques humaines et des menaces liées à l’évolution du climat. Il faut, à l’horizon 2050, prévoir une extension significative de l’espace forestier, notamment à partir de la déprise des terres agricoles. De façon plus large, l’espace ouvert a une double vocation de production (agriculture, forêts) et de « respiration » de l’agglomération, notamment pour les loisirs des citadins. La protection des paysages ne doit pas se limiter à des sites remarquables, mais devenir un enjeu global de civilisation. Cette protection passe par une réflexion sur l’impact paysager et la protection des espaces agricoles. L’évolution de la nature des emplois semble devoir poursuivre des évolutions lourdes, à l’œuvre depuis au moins un demi-siècle, marquées par une désindustrialisation, surtout par une "désouvriérisation", un développement des emplois améliorant la qualité de la vie, mais un risque accru de fracture sociale et spatiale, laissant des poches d’exclusion de plus en plus isolées. Le desserrement des activités constitue un processus positif. Il faut donc revenir à une politique volontariste de contrôle des implantations des activités (agrément), de limitation par les documents d’urbanisme des possibilités d’implantation dans des zones rurales ou mal desservies par les transports en commun. Il n’y aura pas d’éco-région sans résorption des inégalités sociales et spatiales. Ces inégalités concernent le cadre de vie, le logement, mais aussi la santé, l’exposition aux risques, la formation, l’accès à la culture, aux loisirs, etc. En matière de logement, il faudrait évoluer vers une « aide à la pierre personnalisée » modulable en fonction des caractéristiques (structure, revenus) du ménage qui occupe le logement. L’urbanisme de l’éco-région reposera sur un mode de développement polycentrique autour de pôles urbains regroupant activités et habitat, garantissant urbanité et proximité des équipements et services. Les opérations de requalification de quartiers anciens, notamment en centre-ville, privilégieront la réhabilitation et garantiront le maintien sur place de la population qui occupe souvent un habitat social de fait. Pour la construction nouvelle, afin d’économiser l’espace, on prévoira des zones dédiées à un habitat individuel dense. Les documents d’urbanisme devront acquérir une stabilité réelle et feront l’objet d’un contrôle de légalité et d’un respect rigoureux. Malgré la progression continue de l’automobile, ce sont bien les transports en commun qui assurent l’essentiel des déplacements les plus pénibles et les plus concentrés dans le temps (heures de pointe) et dans l’espace (dans Paris et sur les axes radiaux)et selon le motif (migrations domicile-travail). Après une forte croissance, la mobilité (nombre de déplacements par personne) stagne depuis quinze ans. La majorité des habitants souhaiteront de plus en plus minimiser leurs déplacements. C’est donc, à volume constant (par personne), une autre mobilité, moins contrainte et plus conviviale, qu’une éco-région doit encourager. Par ailleurs, on ne doit pas s’attendre, d’ici à 2050, à des bouleversements profonds des moyens de transport en milieu urbain. Rien ne garantit une transition en douceur de l’ère du pétrole bon marché à une économie fondée sur l’hydrogène, permettant la généralisation de véhicules fonctionnant avec une pile à combustible. Les biocarburants ne peuvent être qu’un substitut très partiel au pétrole. La priorité absolue est donc aux circulations douces et aux transports en commun, et notamment à l’amélioration des dessertes de proximité (vers les pôles d’urbanisation localisés aux principaux nœuds du système de transport en commun). C’est là le meilleur moyen de parvenir à une ville compacte, qui sera économe en espace et en énergie, qui limitera les pollutions et les gaz à effet de serre, bref une éco-région authentique. La gratuité des transports en commun, parfaitement envisageable sur le plan économique à l’horizon 2050, serait une mesure décisive, propre à frapper les esprits, qui traduirait la volonté claire de la région de transformer les mentalités. Dans la perspective de l’éco-région, IDFE la propose donc et souhaite, dans l’immédiat, sa mise à l’étude. Par ailleurs, l’organisation des transports de fret devra être intégralement révisée, en recourant le plus possible au chemin de fer et au transport fluvial. Pour le transport aérien, la priorité est à la réduction des nuisances (bruit et pollution) et donc à la limitation du trafic, sans attendre que le renchérissement des carburants n’y contraigne. Pour l’avenir, un urbanisme réfléchi doit tendre à localiser les aéroports hors des zones habitées et à éviter que l’urbanisation ultérieure ne vienne annihiler les choix précédents. Dans la perspective de l’éco-région, on ne peut écarter une évolution, qui s’étalerait sur une génération ou deux, de réduction importante du trafic en raison du coût du carburant, mais aussi d’un changement de comportement des usagers. C’est en tout cas l’évolution la plus souhaitable si l’on veut éviter une crise brutale, énergétique ou climatique. L’éco-région d’Ile-de-France n’offrira pas qu’une économie viable à long terme, une et une organisation sociale équitable, mais aussi un environnement restauré. Aujourd’hui, l’eau est de moins en moins considérée comme un bien gratuit et inépuisable. Les comportements vis-à-vis de son utilisation se modifient profondément : on cherche à l’économiser, à l’utiliser de façon appropriée. Disposer d’eau de qualité pour vivre est un droit inaliénable pour chacun : c’est la mission même d’un service public. Pendant de trop longues années, la gestion de l’eau en France a été conduite dans une logique d’ingénieur : imperméabiliser les sols extérieurs et évacuer l’eau des sites aménagés dans les réseaux, assécher les zones humides, installer des tuyaux pour regrouper l’assainissement (Achères est la plus grande station d’épuration d’Europe), recalibrer les cours d’eau, etc. Parallèlement, les consommations d’eau potable ont augmenté pour satisfaire des usages qui ne demandent pas une telle qualité. Il est inutile, voire inefficace et en tout cas coûteux, que les eaux de pluie rejoignent le circuit des eaux usées, puisqu’elles n’ont pas besoin d’être traitées et épurées. L’éco-région devra réserver l’eau potable aux besoins de la boisson, de la cuisine et de l’hygiène. Les eaux de pluie récupérés peuvent répondre aux autres besoins : toilettes, lavage des véhicules et des sols, arrosage des jardins et agriculture. La réduction du bruit et de la pollution de l’air est une autre priorité. Les deux sont d’ailleurs liées. On peut estimer le coût social du bruit, en Ile-de-France, à 4 milliards d’€. Celui de la pollution de l’air est du même ordre. Les principaux moyens d’action sont :
La quantité des déchets croît plus vite que le niveau de vie. Leur nocivité potentielle croît encore plus vite en raison de la mise sur le marché de nombre de substances et de matériaux nouveaux. Les filières de déchets présentent un risque certain pour la santé des Franciliens, directement (présence de substances dangereuses dans les résidus) et indirectement (transport, mise en dépôt et traitement des déchets). L’éco-région mettra en œuvre une politique de diminution des quantités de déchets. Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. En utilisant cette formule provocatrice, IDFE a bien conscience d'aller à l'encontre du commercialement correct. L’Ile-de-France est relativement protégée des risques naturels. La priorité est la prévention te la gestion des inondations et des étiages. La gestion des barrages-réservoirs doit assurer, en toutes circonstances, des niveaux d’étiage compatibles avec les besoins en eau potable et avec le maintien de la biodiversité. Mais certains risques sont inéluctables à long terme, par exemple une crue centennale de la Seine. Il importe de s’y préparer en réduisant le temps de réaction et en évitant d’aggraver le risque, par exemple en urbanisant des zones inondables. Les risques technologiques sont faibles en raison de la désindustrialisation de la région. Un accident nucléaire a une probabilité est très faible, mais non nulle. Là encore, la réponse réside dans des mesures de prévention (observation du nuage radioactif et information, contrairement à ce qui a été fait en 1986 après celui de Tchernobyl) en cas d’accident et de prévention (policière) pour éviter les attentats. Ainsi, Ile-de-France Environnement a voulu préciser le concept d’éco-région et présenter la vision qu’elle en avait. Certaines propositions paraîtront ne pas être à la mesure de l’horizon (2050) retenu. D’autres paraîtront hasardeuses : par exemple, la gratuité dans les transports en commun, l’utilisation des eaux de pluie sans traitement préalable pour certains usages (et donc un double réseau d’alimentation) ou l’hypothèse d’une diminution du transport aérien et du trafic routier du fait du renchérissement du coût de l’énergie et d’une modification profonde des comportements. Mais, dans cette approche prospective, le futur retenu, parmi beaucoup d’autres possibles, n’est sans doute pas le plus probable, mais il est vraisemblable (disons qu’il n’est pas invraisemblable) et, en tout cas, il est souhaitable. C’est le seul qui réponde à l’objectif de faire de l’Ile-de-France une éco-région. C’est aussi celui qui réduira le mieux les inégalités, qui offrira aux Franciliens et aux visiteurs le meilleur cadre de vie et qui rendra, de ce seul fait, la région la plus attractive et donc la plus compétitive sur le plan économique parmi les grandes métropoles mondiales. L’éco-région qu’on a esquissée sera en effet à la fois :
Au total, l’Ile-de-France, par la volonté conjuguée de ses habitants, aiguillonnés par ses élus et par les associations, soutenus par ses administrations et ses entreprises, apparaîtra comme une région où il fait bon vivre et travailler, bref une région exemplaire. |